Skënderbej ou le Mythe créateur.La résistance contre les Ottomans (XVème siècle)



« Il est déjà noble de défendre son bien, son honneur et sa religion à la pointe de l’épée.
Il est encore plus noble de les défendre sans chercher à faire du mal au malfaiteur »
Mahatma Gandhi (1869 – 1948)

« Il n’existe rien qui soit en plus vif contraste au christianisme que la guerre.
L’orgueil, synthèse de tous les péchés s’y rencontre avec le
déchaînement des instincts les plus bas. »
Cardinal Poma, archevêque de Bologne
Osservatore Romano – 4 mai 1974
  1. L’époque.
    Apparus aux frontières byzantines durant la seconde moitié de XIIIème siècle, il n’a fallu que quelques décennies aux Turcs osmanli pour qu’ils deviennent maîtres de l’Asie Mineure. Invité par le byzantin Jean VI Cantacuzene – l’Usurpateur pour faire face à la menace serbe du roi Etienne Dušan (1308 – 1355), leur sultan Orkhan mit pied pour la première fois dans les Balkans en 1345. Dix ans plus tard, les Ottomans étaient déjà installés sur place, lançant leurs attaques désastreuses en Bulgarie, en Macédoine, en Grèce et en Serbie. Pendant toute la seconde moitié du quatorzième siècle, la marée ottomane buta sur les remparts balkaniques, fragmentés en une multitude de royaumes, de despotats ou de domaines féodaux. Divisés et rongés par des conflits internes, affaiblis à l’image d’un basileus de Byzance qui se servait des murs épais de sa ville comme unique bouclier, les souverains balkaniques se montrèrent politiquement incapables et militairement inférieurs à pouvoir contrer les « infidèles » venant de l’Asie.
    Depuis toujours, le pays albanais souffrait de l’anarchie féodale, sous fond d’interventions répétées des puissants voisins comme l’empire de Byzance, la République de Venise et le Royaume de Serbie. En l’absence d’une personnalité forte, le pays n’a jamais connu un véritable processus de centralisation et d’unification. Sauf l’épisode Balsha en 1378, aucune des illustres familles féodales albanaises de l’époque -les Thopia, les Muzaka ou encore les Arianiti n’a pas pu s’imposer sur l’ensemble du territoire et encore moins jouer un rôle quelconque sur le plan balkanique. Tributaires de leur orientation probyzantine, provenitienne ou proserbe, ils n’étaient jamais parvenus s’entendre ; bien au contraire, ils dépensèrent leurs maigres finances et épuisèrent leurs faibles formations militaires dans d’interminables guerres locales. Au cours des décennies suivantes, les seigneurs albanais – les uns après les autres, devinrent vassaux du sultan Murad Ier – le Souverain, jurant loyauté à l’Empire ottoman.
    L’un des derniers actes de la conquête ottomane des Balkans se joua en 1389, quand les Ottomans écrasèrent les forces unies balkaniques à Kosovo Polje, perdant par la même occasion au champ de bataille leur sultan, Murad Ier. L’anéantissement de cette armée coalisée, menée par le prince serbe Lazare, le voïvode de Kosovë Vuk Brankovic et le roi bosniaque Tvrtko Ier, avec la participation de plusieurs chefs et princes albanais, ouvrit la voie à l’occupation graduelle mais totale des Balkans. Entre 1394 et 1396, plusieurs expéditions ottomanes furent menées dans le pays albanais, occupant les principales villes comme Shkodër, Krujë, Vlorë ou Gjirokastër et jetant les bases du futur système des timars au Sud du pays. Il a fallu toutefois un dernier exploit, la bataille de Nicopolis en 1396, pour que les Ottomans s’imposassent face à l’Occident entier comme le prochain grand danger. Étant apparus désormais aux frontières de la Hongrie, le roi de ce pays, Sigismond, lança en Occident un appel à la croisade que le pape Boniface IX a encouragé vivement : des Français, Anglais, Allemands et quelques Italiens, se joignent aux Hongrois pour attaquer le Turc et le chasser d’Europe. Ce fut une catastrophe et un écrasement complet des croisés, ce fut également la fin des Balkans chrétiens.
    Le début du XVème siècle marque un pallier important : après avoir buté sur le roc mongol à Ankara (1402), la machine militaire ottomane accuse un brutal coup d’arrêt. Elle se grippe durant deux décennies et doit tout reprendre dans les Balkans. Entre temps, la Papauté et l’Occident prennent quelque peu conscience du danger et appellent à la croisade. Seule la Hongrie, la principale intéressée, répond présente et se met en mouvement pour barrer la route aux Turcs. Par trois fois successives – Niš (1443), Varna (1444) et Kosovo Polje (1448) – les Hongrois prennent l’initiative et descendent sur le terrain balkanique.
  2. Le Héros.
    La résistance des Albanais contre les Turcs prit corps avec l’apparition du phénomène Gjergj Kastrioti, dit Skënderbej. Gjon Kastrioti, son père, fut un de ces seigneurs albanais de région de Dibër et de Mat qui a pu survivre au milieu des querelles féodales locales du début du XVème siècle, tout en grandissant son domaine aux dépens des voisins. Pendant des années, il manœuvra très habilement entre Vénitiens et Ottomans. Sévèrement vaincu durant son dernier baroud d’honneur du 1430, il fut contraint de rendre aux vainqueurs sa « capitale » Krujë, une ville fortifiée sur les montagnes qui dominent la plaine de Tiranë, et d’envoyer ses quatre fils comme otages à Edirne. Or seulement le plus jeune parmi eux, Gjergj-Georges, put attirer l’attention du sultan. Devenu musulman, il fut appelé Iskander, en l’honneur du grand Macédonien, et le jeune homme participa à plusieurs expéditions militaires en Asie Mineure et dans les Balkans. Nommé administrateur – subash – d’une région balkanique, peut être de Krujë, il se dota du titre bey d’où le nom Iskanderbej ou Skënderbej. La légende dit qu’il fut sollicité à plusieurs reprises par ses amis à reprendre possession du domaine familial. L’occasion se présenta le 3 novembre 1443, quand l’armée ottomane dont il faisait partie livra bataille à Niš, en Serbie actuelle, contre les troupes polaco-hongroises de Jean Hunyadi. La nuit précédant la bataille, il déserta l’armée et à la tête d’une poignée d’hommes de son entourage, gagna Krujë, la ville de son père. Après avoir trompé le commandant turc de la forteresse à l’aide d’un ordre – firman – falsifié, Skënderbej s’empara du château. Il se fit rebaptiser, joignant la foi chrétienne romaine et le 29 novembre 1443, se proclama prince héritier du trône des Kastrioti. Dans les jours et les semaines qui suivirent, Skënderbej et son frère Stanisha, délivrèrent la principauté qui s’étendait de la côte adriatique, à Dibër – aux abords de la Macédoine, en passant par la région de Mat.
    Aussitôt Skënderbej s’attela à la création d’un front uni antiturc. Après des consultations préliminaires, le 2 mars 1444, il convoqua en une assemblée générale à Lezhë, alors possession vénitienne, la plupart des nobles et les chefs de clan albanais y compris son beau-frère, le seigneur monténégrin de Zêta, des seigneurs d’Epire et des représentants de Venise. Malgré leurs divergences, ils se mirent d’accord pour créer une alliance politique et militaire, dès lors connue sous le nom « Ligue des Princes d’Albanie » ou « de Lezhë ».
    Sous la bannière familiale des Kastrioti, un ancien signe héraldique byzantin comportant un aigle bicéphale de sable sur un champ rouge, une armée de la Ligue fut organisée. Dans ses meilleurs jours, elle comptait entre 18.000 et 20.000 mille hommes, la plupart étant des volontaires appelés pendant l’appel au combat, et elle se réduisait à quelques milliers, entre six et huit mille, durant les périodes de paix. Le noyau de l’armée de Skënderbej se composait de la Garde prétorienne d’environ trois mille hommes à cheval, entraînés en permanence et fidèles jusqu’à la mort, recrutés principalement parmi les sujets de son domaine seigneurial. Fin connaisseur de l’art de la guerre et de son ennemi ottoman, il sut créer ainsi une armée extrêmement mobile et légère qui maîtrisait le terrain à merveille. Grand meneur d’hommes et excellent tacticien, Skënderbej put ainsi affronter pendant un quart de siècle la machine de guerre la plus puissante de l’époque.
    La réponse du sultan ne se fit pas tarder. Durant le mois de juin 1444, un corps expéditionnaire de 25.000 hommes franchit les frontières orientales et, suivant comme d’habitude la Via Egnatia, se trouva devant une armée de volontaires albanais de 15.000 hommes dans l’étroite plaine de Torvioll, quelque part dans la Basse Dibër. Attirée au piège et encerclée, l’armée ottomane s’écrasa totalement, laissant sur le champ de bataille quelques six mille morts. Skënderbej, perdant un quart de ses hommes mais gagnant sa première bataille, ouvrit ainsi la série de victoires sur l’Empire ottoman qui dura environ 25 ans.
    L’exploit albanais fit renaître les espoirs du succès d’une nouvelle croisade contre le Grand Turc. Le Pape Eugène IV sollicita le roi Ladislas II Jagellon de Pologne et de Hongrie à rompre la trêve de dix ans, fraîchement signée avec le sultan Murad IInd qui venait d’abdiquer et de prendre la tête de l’armée chrétienne. Le résultat qui en suivit fut désastreux : les Européens perdirent dix mille hommes à Varna le 10 novembre 1444, Ladislas lui-même trouva la mort au champ de bataille, Murad revint au trône et Skënderbej se trouva tout seul devant la furie ottomane, après avoir rejeté, lui aussi, une proposition de trêve. En octobre 1445, il brisa une armée turque à Mokrenë de Dibër et à peine onze mois plus tard, en septembre 1446, il anéantit une autre armée de 15.000 chevaliers à Otonetë, à la frontière de la Macédoine.
    Suivant attentivement la suite des événements, la Sérénissime République de St Marc jugea opportun de miner la Ligue de Lezhë, semant la discorde entre les seigneurs albanais selon un procédé dont elle détenait le secret : après lui avoir accordé sa citoyenneté, elle mit à prix la tête du chef albanais. Une guerre ouverte s’ensuivit en 1447 et 1448 entre l’armée de Skënderbej et les forces vénitiennes enfermées dans la ville de Shkodër. Seul l’arrivée d’une armée ottomane aux frontières du pays en 1448, commandée par le sultan Murad II lui-même, obligea Skënderbej de lever le siège et, sous risque d’être pris entre deux fronts, il chercha à conclure la paix avec Venise. À un mois d’intervalle, entre juillet et août 1448, il livra bataille aux Vénitiens sous les murs de Shkodër et contra les Ottomans à Oranik près de Dibër, remportant deux précieuses victoires.
    Le printemps suivant, une armée de 80.000 hommes sous Murad IInd foula le sol albanais et assiégea Sfetigrad (la Ville Sainte), perché sur les hauteurs de Dibër. De mai en août, la ville résista aux assauts et au bombardement d’artillerie tandis que Skënderbej en embuscade, infligeait de lourdes pertes aux assaillants. Seule la soif obligea les défenseurs de quitter la citadelle et de se rendre. L’abandon de Sfetigrad fut un coup dur pour Skënderbej qui perdait à la fois l’un des fiefs de son domaine et une place forte de premier plan du dispositif de défense de sa capitale Krujë. A peine quelques mois plus tard, au tout début de l’année 1450, il perdit le château de Berat qui lui a été légué par Théodore III Korona Muzaka dans son lit de mort. Toujours en 1450, Murad IInd, accompagné de son jeune fils Mehmed, à la tête d’une formidable armée de 100.000 hommes se mit de nouveau en marche vers le pays albanais ; le 14 mai il arriva devant Krujë et investit la citadelle. La résistance acharnée d’une garnison de 4.000 hommes et les attaques meurtrières d’un corps d’armée de 8.000 hommes sous le commandement de Skënderbej firent échouer toutes les tentatives ottomanes. Après quatre mois de vains efforts et d’énormes pertes le sultan se retira à Edirne où il mourut à peine quelques jours plus tard – peut être de colère, voire de honte.
    La victorieuse défense de Krujë ayant épuisé le pays entier, les Albanais ressentirent le besoin d’appui et d’aide. Les difficultés intérieures croissantes et surtout la famine de 1451 pressèrent Skënderbej à proposer à Alphonse V d’Aragon, dit de Naples une alliance politico-militaire. Les termes de l’accord, entériné à Gaète le 26 mars 1451, furent clairs : se reconnaissant vassal d’Alphonse, Skënderbej lui confiait Krujë et les autres places fortes durant leurs actions en commun contre les Ottomans, tandis que tout territoire libéré entre temps revenait sous la souveraineté du Catalan. En échange, Alphonse devait lui fournir une aide consistante financière et militaire en troupes, armement et vivres pour poursuivre la lutte. Entre temps le Prince de Krujë sollicita l’aide des Papes Nicolas V et Calixte III, n’hésitant pas à leur rendre visite à Rome comme ce fut le cas en octobre 1453. Il reçut très peu d’argent mais, en revanche, fut bardé de lettres honorifiques et laudatives ainsi que des citations telles que « le premier bouclier de Christianisme ».
    Après un répit qui dura toute l’année 1451, deux corps d’armée de dix mille et de quinze mille chevaliers s’approchèrent aux frontières orientales du pays quasi en même temps, suivant deux chemins différents. Devinant leur point de jonction près de Dibër, Skënderbej attendit la première armée à Modricë, le 21 juillet 1452, et la broya en très peu de temps puis, il mit ses hommes en route et quelques heures plus tard livra bataille contre la deuxième, à Meçad. Ce double affrontement annonçait clairement les intentions du nouveau sultan Mehmed IInd : en pleine préparation de sa campagne byzantine, le sultan avait envoyé le lot habituel – une armée de 14.000 hommes qui a fini comme les précédentes, écrasée totalement sur le champ de bataille de Pollog.
    Quelques années après la chute de Constantinople, en 1460, Skënderbej reçut l’offre du sultan Mehmed IInd d’une trêve de trois ans. Ce fut l’occasion rêve pour qu’il aille en Italie méridionale afin d’aider son suzerain de jure, le roi Ferdinand de Naples. Le fils naturel du feu Alphonse Ier se trouvait assiégé chez lui par les français de Jean d’Anjou et les barons de Sicile. Ce séjour d’un an en Italie fut l’occasion de montrer aux Angevins et aux Italiens la terrible efficacité de son armée mobile et à l’occurrence, demander de l’aide en armement et en argent pour continuer la résistance contre les Turcs. Dès son retour au pays en 1462, à l’espace d’un mois, entre août et septembre, Skënderbej attira au piège dans les défilées de Mokër une armée turque de 30.000 hommes, puis livra bataille contre une deuxième armée de 18.000 ottomans à Pollog et finalement chargea une troisième armée de 40.000 hommes dans la pleine de Ohrid.
    La série ininterrompue des victoires de Kastrioti s’arrêta en juillet 1455, à Berat. Aidé par un fort détachement de Napolitains, son armée de 14.000 hommes sous le commandement de son beau-frère Muzaka, encercla la citadelle et crut la prendre sans coup férir car la garnison turque accepta de se rendre. Bernés durant les pourparlers, les chefs de guerre albanais se rendirent compte trop tard qu’ils étaient encerclés par Isaac bey Evrenos, un renégat grec de Skopje, l’un des plus redoutables généraux du Sultan. Il en suivit un carnage durant lequel plus que la moitié des Albanais et tous les Napolitains furent égorgés et dépecés. La consternation du pays entier fut immense, celle de Skënderbej encore plus profonde car il apprit que son cousin et meilleur général, Moïsi Komnen Golemi de la branche des Arianiti, l’avait trahi à la veille de l’affrontement. L’an d’après, en avril 1456, le traître apparut à la tête d’une armée turque de 15.000 hommes. Skënderbej l’attendait dans la plaine de Dibër et l’on peut deviner l’acharnement des adversaires et la frénésie du combat. Les Turcs perdirent quelque dix mille hommes tandis que quelques jours plus tard, Moïsi revint profondément repenti, implorant le pardon. Moïsi Arianiti tomba dans un piège à Vajkal en 1465, en compagnie de plusieurs grands capitaines et de quelques centaines de chevaliers, qui furent écorchés vifs à Constantinople.
    Avant même que le souvenir de la trahison de Moïsi s’efface, en octobre 1456, Georges Balsha, l’un des nombreux neveux de Skënderbej, rendit le château de Modricë aux Ottomans. Il fut poursuivi, attrapé et finit sa vie dans une geôle de Naples. Le troisième acte de trahison vint de Hamza Kastrioti, son cousin germain et compagnon de la première heure, le numéro deux dans la hiérarchie militaire albanaise et le meilleur connaisseur de la tactique de Skënderbej. Il fuit les siens au début de 1457 et se rendit chez le Sultan, demandant une armée pour combattre son Prince, « coupable » d’avoir déjà un héritier. En juillet 1457, une armée de 50.000 guerriers commandée par Isaac bey Evrenos et Hamza traversa le pays à la recherche de Skënderbej mais personne ne leur livra bataille comme ce fut l’habitude. Après une traque dans la région de Dibër et quelques escarmouches, les deux armées perdirent contact. Deux mois plus tard, Skënderbej et son armée étaient toujours introuvables au point que tous les rapports des informateurs vénitiens, ragusains ou napolitains indiquaient la fin de la résistance albanaise. La marche forcée de l’armée turque contre un ennemi absent graduellement se transforma en une simple promenade et finit en une traînerie fatigante sans aucun but ; l’armée se répandit à Albulenë, au bord de la rivière Mat. Le manque d’objectif militaire, l’ennui, la paresse, la grande chaleur : tous les éléments que Skënderbej attendait avec patience quelque part dans les montagnes de Krujë furent enfin réunis. Sous un soleil de plomb, l’armée albanaise attaqua par trois directions différentes avec un tel acharnement qu’en quelques heures le campement turc fut rasé. Vingt mille morts, quelques milliers de prisonniers parmi lesquels Hamza Kastrioti, un butin énorme : voici le bilan d’une des plus grandes victoires de Skënderbej qui, du coup, récupérait l’honneur perdu des Kastrioti et effaçait le souvenir honteux de Berat.
    Le temps des grandes trahisons étant fini, vint une période de relative accalmie, marquée par les trêves de 1460 et 1463. Entre temps, toute la Bosnie était soumise et les Ottomans apparurent aux portes de Raguse tandis que la République de Venise perdait l’un après l’autre ses dernières places fortes dans le Péloponnèse. Désormais Skënderbej était désigné comme la prochaine cible de la nouvelle offensive des Ottomans, menée par Ballaban pacha, un renégat de sa race, né à Krujë et hissé grâce à son talent au rang du général des janissaires.
    En 1465, cinq expéditions successives foulèrent le sol albanais : en avril, une armée de 18.000 hommes sous Ballaban pacha fut stoppée et vaincue à Vajkal, près de Bulqizë ; en juin, une deuxième, toujours sous Ballaban se brisa à Oranik ; en juillet, l’intrépide général revint à la charge avec 20.000 hommes et combattit contre Skënderbej à Sfetigrad et enfin, en août, le pacha inépuisable avec ses 24.000 hommes dut accepter une quatrième défaite, de nouveau à Vajkal. Une cinquième armée sous un autre renégat albanais fut arrêtée et écrasée à Kashar près de Tirana, toujours en août. Désormais les victoires coûtaient de plus en plus cher et les dégâts devenaient irréparables. En juin 1466, ce fut le sultan Mehmed IInd à la tête de l’armée impériale de 150.000 hommes en grand complet, qui répéta le siège de Krujë, seize ans après son père. Il échoua une fois de plus, après deux mois des vains assauts contre la forteresse. Usé et meurtri par les unités de Skënderbej qui le harcela sans répit, il se retira en août, laissant sur place une partie de son armée commandée par l’inévitable Ballaban pour maintenir le siège. En décembre, au bout de ses ressources, Skënderbej décida d’aller en Italie pour demander de l’aide et put obtenir seulement quelques milliers de ducats de la part du pape Paul II et de Ferdinand de Naples, qui l’appelait toujours « mon père ». Comme d’habitude, le “Vero Athleta et Propugnatore Nominis Christiani Non Loquatur ” des Balkans devait puiser dans la solidarité et dans l’entraide des Albanais.
    La République des Doges fut la seule à se rendre compte de la gravité de la situation. Ayant amélioré ses relations avec lui en 1458, la Reine des Mers avait déjà tendu la main au Prince de Krujë, proposant un traité d’alliance militaire, signé le 20 août 1463, mais dans les temps difficiles qui couraient, elle lui fit un cadeau royal, offrant le bras du légendaire Lekë Dukagjini à la tête d’une véritable armée recrutée dans ses possessions albanaises. La nouvelle amitié entre ces deux hommes raviva les espoirs en une relance de la Ligue de Lezhë, marquant cette dernière période de la résistance contre les Turcs. En un sursaut de courage, Skënderbej obligea Ballaban de livrer bataille sous les murs de sa capitale et dans la terrible mêlée qui s’ensuivit, Skënderbej, secouru par une téméraire sortie des assiégés, remporta une exténuante victoire, couronnée par la mort du célèbre général ottoman.
    Le sultan, excédé, renouvela son effort un an plus tard, en mai 1467. Pour la troisième fois Krujë résista aux sultans, malgré l’énorme puissance de la machine ottomane et malgré la tactique de la terre brûlée, employée pour isoler la ville et affaiblir la force de Skënderbej. Ce dernier, réfugié dans les montagnes qui surplombent la forteresse, répéta son scénario habituel : jour et nuit, rogna l’armée difforme massée sous les remparts, harcela sans relâche ses arrières lignes, morcela sans cesse les voies de ravitaillement. Mehmed IInd se retira en août, laissant sur place comme d’habitude une partie de son armée, repliée sur la place forte d’Elbasan, fraîchement construite.
    Impuissant devant cette menace installée en plein centre du pays et manquant de moyens, Skënderbej voulut réunir la Ligue de Lezhë. Visiblement, il souhaitait procéder à une réorganisation, avec la participation active des Vénitiens. Mais cette fois-ci, il fut attaqué par un ennemi insaisissable, autrement redoutable que les Ottomans et négligé depuis longtemps : le paludisme. Terrassé par une attaque de fièvre, le 17 janvier 1468, Skënderbej a été remporté par la mort, dans la ville de Lezhë. A la veille de l’événement, son armée sans chef remporta une dernière victoire sur les Turcs, à proximité de Shkodër.
    Malgré le grand vide causé par la mort de Skënderbej, la résistance armée contre les Ottomans dans les territoires albanais continua durant quelque temps sous le commandement de Lekë Dukagjini, puis sous le commandement vénitien et avec la participation du roi de Naples. Krujë enfin tomba le 16 juin 1478, après un long siège – son quatrième, toujours mené par le sultan Mehmed IInd. Tous ses habitants furent massacrés sur place ou vendus comme esclaves. Shkodër à son tour, après quinze mois de siège fut rendue le 25 avril 1479, en vertu des accords de paix signés quelques mois auparavant entre vénitiens et turcs. Les garnisons vénitiennes livrèrent sans combat également les dernières places fortes du Sud : Himarë et Sopot. Ayant ainsi sous contrôle tout le territoire albanais, le sultan Mehmed IInd décida de donner l’assaut contre les côtes italiennes : une flotte ottomane leva le voile de sa base de Vlorë pour apparaître devant Otrante en printemps 1480. Les assaillants prirent la forteresse le 11 août semant la panique parmi les souverains italiens ; seul des événements bienheureux comme la mort du sultan en mai 1481 et une guerre de succession entre ses fils empêchèrent définitivement l’avancée ottomane vers le nord de la péninsule.
    La gravité de la situation inspira le roi de Naples à réactiver le bouclier albanais : en juillet 1481, le fils de Skënderbej, le jeune Gjon Kastrioti débarqua sur les côtes albanaises avec une centaine de fidèles Cette tentative échoua vite sans pouvoir bouleverser l’établissement du pouvoir ottoman, malgré l’insurrection de la population albanaise de Himarë qui a duré jusqu’en 1485. La dernière ville albanaise tombée entre les mains des turcs fut Durrës, également évacuée par les Vénitiens en 1501. A la veille de l’enlèvement de Durrës, les côtes albanaises virent pour la dernière fois débarquer le petit-fils de Skënderbej, le jeune Gjergj, qui comme son père échoua et fut obligé de se retirer définitivement en Italie, après deux ans d’efforts en Albanie.
  3. Le Mythe.
    Vu d’Europe de nos jours, après plus de cinq siècles d’histoire mouvementée, l’épopée des Albanais sous Skënderbej semble sortir tout droit du folklore balkanique. En vérité, pour beaucoup d’historiens et autres spécialistes en la matière, Skënderbej n’a jamais dépassé le stade de la légende. Au mieux, on fait juste le mentionner ; au pire, on le traite d’un petit roitelet devenu chrétien par opportunité et qui a survécu durant un quart de siècle grâce à ses montagnes et à un certain modus vivendi établi avec les Turcs. Pour se convaincre, il suffit de voir la place qui lui ait été réservée dans les ouvrages consacrés aux Balkans ou à l’empire Ottoman ou encore lire les ouvrages consacrés à l’histoire ou d’autres aspects historiques de l’Albanie. Bien entendu, une toute autre image se dégage de l’œuvre des historiens albanais de tous les horizons et de toutes les époques : présenté comme le fondateur du premier État albanais, Skënderbej survole le temps pour s’imposer comme le héros national par excellence. Plus qu’un génie, dans son pays il est un mythe.
    Pourquoi alors cet écart de jugement vis-à-vis du grand stratège albanais dont les hauts faits de guerre sont comparables à celles d’un Jean Hunyadi et dont l’estime des Saints Pères du XVème siècle le place au-dessus de tous les Sforza et les Médicis pris ensemble ? Pourquoi cette méprise vis-à-vis du champion chrétien des Balkans dont la stature rappelle à la fois Jeanne d’Arc et Louis XI – ses illustres contemporains ?
    Primo, parce que le Héros albanais a raté tous les grands rendez-vous balkaniques de son époque : pas encore né au temps de Maritsa (1371) et Kosovo Polje I (1389), il fuit Niš (1443) et manque à l’appel du Varna (1444) ou du Kosovo Polje II (1448). Même si cela ne diminue d’un iota ni son courage ni sa stature, le fait est déjà suffisant pour qu’il soit à peine cité par tous ceux qui suivent la grande tendance des conjonctures régionales et qui lui consacrent uniquement deux ou trois lignes dans leurs œuvres.
    Secundo, même si l’on peut partager sa fierté et celle de son peuple d’avoir tenu tête à un Murad IInd ou à un Mehmed IInd durant un quart de siècle, il est difficile d’épouser l’opinion générale qui règne parmi l’historiographie albanaise qui le présente comme le principal rempart du Christianisme et de la civilisation occidentale. Sans l’ombre d’un doute, après avoir assujetti le gros des Balkans, le but des Ottomans demeure le centre de l’Europe et cette route qui mène à Belgrade puis à Budapest, voire Vienne, ne passe décidément pas par l’Albanie de Skënderbej qui peut encore attendre son tour. Le seul argument qui étaye la thèse albanaise de bouclier est cette tentative avortée de prise d’assaut des côtes italiennes en 1480 : s’agit-il d’une manœuvre de diversion pour semer la peur en Occident ou encore, un test grandeur nature des possibilités d’invasion navale de l’empire ? Fort heureusement pour les souverains italiens orphelins de Skënderbej, l’expérience était de courte durée et sans suite ; toujours est-il qu’à cette période, l’empire ottoman est essentiellement une puissance militaire terrestre. Si Skënderbej et sa Ligue de Lezhë constituaient l’un des bastions du Christianisme dans les Balkans, il ne s’agit pas ni du premier ni de l’unique. L’histoire a retenu que la distance à parcourir était le pire ennemi des Ottomans : plus ils s’éloignaient du centre, plus difficile devenait leur avancée. Parallèlement, malgré son imposante grandeur, la flotte ottomane demeurait impuissante devant l’autre bouclier du monde chrétien – la somme des flottes vénitiennes, génoises, papales et espagnoles.
    Tercio, car les chiffres qui émaillent l’épopée Iskanderienne sont largement disproportionnés par rapport à ses capacités militaires et humaines. Il est fort possible d’ailleurs que la surenchère les ait affectés, que la saga chevaleresque médiévale les ait marqués de son empreinte, il suffit pour cela jeter un coup d’œil à l’infrastructure économique de son domaine. Rien ne nous interdit d’imaginer que Skënderbej a hérité de son père le contrôle des routes qui relient la côte adriatique avec les régions du Kosovë (les fragments de la route de Zenta) ainsi que le passage à travers Dibër vers Ohrid et Skopje – y compris les droits de péage et les taxes douanières sur le transport des marchandises. De la même façon, nous pouvons admettre qu’il possédait « le passage douanier » de Shufada à l’embouchure d’Ishmi, de « considérables » domaines forestiers, ainsi que « les importants » salins de Saint Nicola, quelque part à l’embouchure de Mat. Toutefois, il demeure inconcevable que ses revenus puissent couvrir l’exceptionnel effort de guerre qu’il a du mener contre la plus grande puissance de l’époque – l’Empire ottoman et qui a duré un quart de siècle. Même si l’on rajoute ses « nombreuses propriétés autour de Basse Dibër et de Prizren » ainsi que la contribution occasionnelle des membres de la Ligue de Lezhë. Cela ne fait pas de doute que, comme ses prédécesseurs Kastrioti, le Prince de Krujë vivait grâce à la propriété féodale qui était de nature agraire et conformément au cadre, l’étroite extension territoriale et le terrain hautement montagneux suggèrent les limites de sa puissance militaire ou encore son train de vie. Pire encore, son domaine et plus tard « son État » manquent cruellement de grands centres urbains – Krujë mis à part – ce qui non seulement pénalise le trésor princier mais qu’également, laisse imaginer le manque du tissu nécessaire économique – les artisans, les maîtres, les commerçants – caractéristique indissociable de l’urbanisme médiéval.
    Toutefois, pour désamorcer son mythe, il faut sonder les aléas de l’histoire qui l’ont ramené en surface et surtout interroger la volonté des hommes qui se servirent de lui comme le principal ingrédient de la construction nationaliste, étatique ou encore identitaire.
    Tandis qu’en 1479, les premiers chevaliers turcs qui pénétraient la cathédrale Saint Nicolas à Lezhë, profanaient le tombeau du héros et déterraient ses ossements pour en faire des amulettes, le premier ouvrage témoignant sur sa vie et son combat paraissait à Venise. Entre temps, sa légende avait traversé la mer pour se répandre en Europe : bien d’européens ont connu le Preux de Krujë pour avoir combattu les infidèles ottomans sous ses ordres mais surtout, beaucoup d’Albanais fuyant le pays, ont conservé son image à l’esprit. Ils ont entretenu cette flamme durant des siècles, la faisant survivre à travers les croyances et les chansons des Arbëresh d’Italie et de la Sicile.
    Paradoxalement, le pays qui l’a vu naître semble graduellement l’oublier, voire l’ignorer. Sous l’occupation, la tutelle et enfin la bonne garde ottomane, des générations entières se succèdent, perpétuant la tradition du vaillant Albanais, acquise graduellement – moyennant de bons et loyaux services. Cette valeur sure – combattant intrépide, serviteur fidèle du Sultan et musulman pieux – fera le bonheur de l’empire et le malheur de ses ennemis. Alors que les derniers chevaliers rescapés albanais, des mercenaires frappés de l’effigie à l’aigle bicéphale, s’éteignent l’un après l’autre au service des souverains européens – laissant derrière eux les traces de leurs actes de bravoure et leur nom d’Arnaout – Arnaud – leurs compatriotes ottomanisés hisseront le drapeau vert de l’Islam sur les murs de Budapest ou de Bagdad.
    Sensibles à l’amour du « sabre, des broderies d’or, des honneurs », c’est surtout comme soldats que les Albanais quittent leurs montagnes. Au XVIe siècle, ils sont à Chypre, à Venise, à Mantoue, à Rome, à Naples, en Sicile, jusqu’en Madrid où ils vont exposer leurs projets et leurs doléances, réclamer des tonneaux de poudre ou des années de pension, arrogants, cassants, toujours prompts à la main. Par la suite l’Italie s’est peu à peu fermée devant eux. Ils gagnent alors les Pays-Bas, l’Angleterre, la France durant nos Guerres de Religion, soldats aventuriers que suivent leurs femmes, leurs enfants et leurs popes. Les Régences d’Alger et de Tunis les refusent, puis les pays des Boïards moldaves et valaques… Alors, ils se ruent au service de la Porte, ce qu’ils avaient fait dès le début, ce qu’ils firent de façon massive à partir du XIXe siècle. « Là où est le sabre, là est la foi » : ils sont pour qui les fait vivre. Et, le cas échéant, « prenant comme dans la chanson leur fusil pour pacha et leur sabre pour vizir », ils s’établissent à leur compte et deviennent brigands. (Fernand BRAUDEL – La Méditerranée et le Monde Méditerranéen à l’époque de Philippe II, Éd. Armand Colin, Paris 1986)
    La symbiose longue de quelques siècles prend fin subitement, le jour où les Albanais comprennent que leurs intérêts diffèrent de ceux des Ottomans. Faisant le tour des traditions orales puis des archives, les plus éclairés d’entre eux découvrent peu à peu que les similitudes provenant de la cohabitation dissimulent mal leurs différences profondes et qu’enfin – miracle de la nature – ils ont une histoire propre et ancienne Émerveillés, ils s’inclinent devant l’icône du prince de Krujë qui faisait trembler les sultans et depuis, le spectre de Skënderbej revient parmi les vivants. Ainsi, grâce à l’œuvre littéraire et politique des premiers porte-parole du mouvement nationaliste du XIXème siècle, notre Chevalier sans Peur et sans Reproche devient le symbole par excellence du nationalisme albanais. Effectivement, il offrait à la fois l’exemple de celui qui s’était battu jusqu’à sa mort pour défendre la liberté de son pays, le pivot de l’unité populaire et d’une certaine idée de la nation, le sauveur visionnaire de la civilisation contre la barbarie orientale et enfin, l’archétype du guerrier – le briseur du joug ottoman. Outre son image, il prête à ses arrière-arrière-arrière-petits-fils son étendard qui devient le drapeau officiel de la première Albanie indépendante.
    La seconde récupération du Héros fut l’œuvre de la monarchie de Zog. Beaucoup plus intéressé par la stature d’homme d’État que par ses principes moraux moyenâgeux servant un quelconque idéal national, le principal souci du souverain albanais fut de légitimer son pouvoir par l’anoblissement de sa lignée, d’où cette intense recherche des liens familiaux avec le lointain Skënderbej. Ainsi, Dominus Rex noster devient le représentant dynastique originel, la quintessence du pouvoir royal. Outre son image et son drapeau déjà prêtés, il livre ses armoiries et son célèbre casque à tête de bouc qui deviennent des symboles officielles du royaume.
    La dernière adaptation en date est l’œuvre du pouvoir communiste et cette fois-ci, exception faite de l’instrumentalisme dynastique, tout à été réutilisé, remodelé et passé au tamis idéologique. L’esprit indépendant Iskanderien n’est rien d’autre que l’émanation individuelle du sentiment collectif de tout un peuple, sa soif de liberté s’affaisse devant l’expression suprême de cette fibre nationale qui vibre dans chaque cœur, ses succès militaires sont dus à la participation fervente et volontaire des masses paysannes, même sa citadelle imprenable érigée sur le piton de Krujë devient une représentation en miniature de cette forteresse invincible – l’Albanie des temps modernes. Coté imagerie également, le pouvoir ne lésine pas sur ses moyens : outre une abondante iconographie, une profusion d’ouvrages populaires s’inspire des ses hauts faits et de ses victoires, des rues et des institutions portent désormais son nom, ses bustes et statues ornent les places publiques, des documentaires et des films lui ont été consacrés, son château a été restauré afin d’abriter un musée et même sa ville de Krujë devient ville-musée.
    Méfions-nous de tout jugement préétabli même s’il s’agit du domaine des mythes car, avant d’être accaparé et exploité par le pouvoir, le mythe naît et se nourrit ailleurs ; autrement dit, il est l’œuvre de l’homme – des hommes appartenant aux « sociétés traditionnelles » – avant de devenir l’apanage des dirigeants. Hélas, la grandeur du mythe ne dépend pas de la taille de la nation ni de sa place dans le panthéon de l’histoire. Il s’agit plutôt d’une création spontanée du génie anonyme où le témoignage humain est repris par le folklore traditionnel, où les convictions sincères et les croyances primitives se réunissent et évoquent leurs lointaines origines communes, défiant ainsi toutes les lois de la pesanteur qui règlent l’équilibre du monde.
    Et c’est suite à cet anonymat intemporel, suite à cette dimension universelle de foi profonde qu’on peut contempler d’égal émerveillement, le geste sublime de cette jeune bergère qui, illuminée par la grâce divine, découvre sa vocation et accomplit sa destinée – le couronnement de son roi et la délivrance de son pays, ainsi que celui non moins sublime de ce montagnard mûr qui, animé par sa profonde conviction**
    , utilise la puissance de son bras et obéit à l’appel de son âme pour défendre les valeurs chrétiennes et protéger son peuple.
  4. Notes bibliographiques.
    Les principales sources pour retracer la vie ainsi que les faits et gestes de Gjergj-Georges Kastrioti, dit SKËNDERBEJ, sont les suivantes :
    1. Historia Scanderbegi, edita per quendam Albanensem, écrit en latin par un anonyme, et édité à Venise en avril 1480, soit douze ans après la disparition du Héros. Repris et traduit en italien par Giammaria Biemmi, l’œuvre réapparut en 1742. Biemmi nous apprend que l’auteur de l’œuvre était originaire de la ville de Tivar (Bar) tandis que l’historien Fallmerayer avance l’hypothèse qu’il s’agit du cardinal Pal Engjelli (Paulus Angelus), proche collaborateur de Skënderbej.
    2. Historia de Vita et Gestis Scanderbegi, Epirotarum Principis, écrit toujours en latin par l’abbé Marin Barleti, originaire de Shkodër, et édité à Venise en 1504.
    Entre d’autres adaptations européennes, une traduction de la chronique de Barleti paraît en France en 1576
    , intitulée Histoire de Georges Castriot, surnommé Scanderberg, roy d’Albanie.. par Jacques de Lavardin, rééditée six fois au cours d’une cinquantaine d’années.
    Entre 1857 – 1861, Jakob Philipp Fallmerayer, un historien et homme politique de Tyrole publie son : Das albanesische Element in Griechenland (l’Elément albanais en Grèce) en trois parties où entre autres sujets qui touchent de près et de loin les Albanais, il est question de la vie de Skënderbej. De la même période provient l’œuvre de Charles Hopf : Chroniques Gréco-Romaines inédites ou peu connues, Berlin, 1873, où l’on trouve une traduction de une ancienne chronique albanaise – Storia e genealogia della casa Musachia, écrite en 1510 par Gjon Muzaka (Giovani Musachia), l’un des contemporains de Skënderbej.
    Les représentants du Mouvement Nationaliste albanais s’inspirèrent par ses hauts faits de guerre et écrivirent des œuvres comme le poème « Scanderbeg le malchanceux » de Jeronim de Rada (1872) ou le poème épique « L’histoire de Skënderbej » de Naim Frashëri (1898) qui devinrent de véritables manifestes du mouvement et de la libération nationale.
    Respectant l’inspiration nationaliste, ce premier aperçu sommaire et quelque peu naïf de la figure de Skënderbej fut repris et retravaillé au début du XXème siècle. Restituant son époque et les rapports complexes du personnage avec le monde balkanique et européen, l’œuvre analytique de Fan Noli représente le modèle du genre et s’impose comme une référence incontournable. Voir : Fan S. NOLI – Historia e Skënderbeut (Gjerq Kastriotit) Mbretit të Shqipërisë 1412 – 1468 (Histoire de Skënderbej – Roi d’Albanie 1412 – 1468) Boston, impr. « Dielli », 1921. Dans sa seconde version : Fan S. NOLI – Gjergj Kastriot-Skënderbeu (1405-1468), Tiranë 1967.
    Cette tradition nationaliste est toujours vivante dans nos jours et continue à s’appuyer sur Skënderbej pour réaliser sa conception politique d’union nationale et proclamer son système de valeurs teintées de patriotisme. Voir : Abaz ERMENJI – Vendi që ze Skënderbeu në historinë e Shqipërisë (La place occupé par Skënderbej dans l’histoire d’Albanie), Tiranë 1998.
    .
    ** Les principaux biographes de Skënderbej soulignent le fait qu’à la veille du siège de son chef-lieu de Krujë par Murad Ier, le Champion albanais fit savoir que Saint Georges– le saint protecteur son pays – lui était apparu. Déployant sa brillante épée, le Saint aurait dit : « prend cette épée car c’est Dieu lui même qui te le donne pour terrasser tous les ennemis qui combattent l’Albanie et le Christianisme ». Fan Noli souligne que ces informations sont « très précieuses » car « elles ouvrent la voie à l’hypothèse que Skënderbej avait des visions et qu’il entendait des voix venues des cieux, tout comme la valeureuse française Jeanne d’Arc, avec laquelle il était frère d’esprit, de par sa flamme patriotique et de par sa dévotion religieuse ». Ainsi, vingt ans après la mort de la « vierge d’Orléans », la Providence avait choisi saint Georges afin de transmettre ses volontés aux mortels : s’agit-il d’une habile manipulation du peuple, effrayé à mort par la venue du terrible Sultan ou tout simplement, une intervention divine qui lègue une sainte mission ? Tout le monde savait que Skënderbej était un homme pieu et un croyant dévote et que cela faisait partie d’un un long héritage familial. Bien entendu, le premier à savoir était Paulus Angelus (Pal Engjëlli), archevêque de Durrës et nonce apostolique pour l’Albanie, qui a recueilli sa confession et qui l’a annoncé au peuple. Dans ce cas, le problème qui se pose devant les esprits rationnels est le même que celui de Jeanne de Domremi. Le détail qui complète la similitude réside au fait que non seulement Skënderbej affirme avoir entendu des voix mais également, il prouve par son bras et son épée que le choix du Dieu est un choix juste.

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