l’Albanie – tout un mythe !

une reflexion sur Albanie : le mythe des origines de Mariola Rukaj
le Courrier des Balkans du 8 octobre 2007.
Comment aborder une question comme celle des Origines sans tomber su les Mythes ? Pour le Français commun cette question ne se pose même pas, du moment que histoire commune – celle des écoles – évoque « nos ancêtres les Gaulois ». De même, pour le Grec de la rue, l’énigme a été résolue depuis belle lurette, tout au moins depuis que leurs historiens les désignent comme les héritiers des Hellènes mythiques. Même les Serbes n’ont pas d’état d’âme particulier, malgré le fait qu’ils sont apparus sur la terre – mieux dire dans les Balkans qu’à partir du VIème siècle. Que dire alors des Albanais ? Bien sûr : s’ils soutiennent que l’araméen et l’albanais actuel ne font qu’un, s’ils maintiennent qu’un habitant actuel du Pays des Aigles peut déchiffrer le message des Dieux de l’Egypte antique, cela ne fait sourire personne. Tout au plus, pour ceux qui les connaissent à peine il ne s’agit que de « la folie des grandeurs » – une expression d’un complexe d’infériorité des petits vis-à-vis des Grands, des inconnus face aux Illustres du continent ; pour les autres, il s’agit d’une certaine misère de la pensée intellectuelle, héritière du nationalisme albanais.
Comment faire quand on ne connaît pas les origines ? Soit, il faut accepter ce que les autres veuillent bien nous attribuer comme ancêtres, soit remuer le ciel et la terre pour les trouver – au risque et au péril de tomber sur Jésus, les Pharaons et les Mayas. Or, si quelqu’un nous assure qu’au bout de son arbre généalogique se trouve Homère, on le taxe de fou, tandis que si les historiens nous affirment que un peuple entier descend des Illyriens, on les traite des manipulateurs, voire des chantres du nationalisme. En toute évidence, comme partout ailleurs, il n’y a que de bons historiens – tous ceux qui ont réussi à démontrer que les Gaulois, les Hellènes, les Romains, les Ibères et autres Celtes ont réussi à transmettre leurs gènes aux Européens d’aujourd’hui – et de mauvais nationalistes.
Venant à nos Albanais, voici ce que la science européenne – celle sérieuse – a pu démontrer jusqu’à ce jour :
Primo, ce sont les Byzantins qui prononcent les noms Albanais – Albanie pour la première fois au XIème siècle. Ajoutons qu’il s’agit des versions latinisées des originaux Arbër – Arbëria.
Secundo, que jusqu’au XVI-XVIIème siècle, ils continuent de s’autoappeler Arbër et que subitement, ils changent d’appellation, devenant Shqiptarë – Shqipëria. Ajoutons, que personne au monde n’est capable de trouver l’origine de ces noms.
Tercio, malgré les emprunts, les analogies et autres similitudes linguistiques, la langue albanaise demeure un parent isolé des autres familles de langues européennes, pour la plupart dérivant d’une mythique glose indo-européenne. En d’autres termes, elle ne ressemble pas au grec, au slave, au latin, au turc et que sais-je encore..
Qui sont-ils alors ces Arbër-Shqiptarë-Albanais ? Par quel miracle d’incarnation apparaissent-ils au XIème siècle sur ces contrées des Balkans, afin de s’immortaliser comme Shqiptarë ? D’ailleurs, s’agit-il toujours de la même « ethnie » ? Oui, disent-ils les scientifiques albanais qui, en outre, rajoutent un élément supplémentaire au schéma précédent :
Quarto, depuis des lustres, une grosse partie de la péninsule balkanique, bordée par la côte occidentale, a été habitée par les Illyriens, un peuple antique, voisin des anciens Hellènes et concurrent des Romains. Ajoutons que, les premiers Byzantins les perdent de vue vers la fin du VIème siècle.
En d’autres termes, l’essence de l’albanologie actuelle se résume dans l’effort de combler ce « hiatus chronologique important entre [la disparition ?] des Illyriens et [l’apparition ?] des Albanais », s’efforçant à expliquer « une continuité illyro-albanaise », d’abord comme « continuité de milieu de vie » et ensuite comme « continuité culturelle et ethnique ». Or, puisque cela demeure fragile et pas toujours convaincue et convaincante, cette albanologie officielle se voit concurrencée, voire devancée, par un certain « néo-albanisme » ou albanologie alternative – celle qui s’inspire des pélasgues
Voici ce que contient-elle cette « boite noire » de la connaissance, dont les travaux ne seraient accessibles qu’à une élite restreinte d’experts : « le mythe des Illyriens
Pointant de doigt le Mythe des Origines en réalité la journaliste ne fait qu’évoquer l’Origine du Mythe car, même si elle arrive à flairer l’excentricité, voir l’absurdité, des pseudo thèses historiques et linguistiques des « mystificateurs » tels que Vlora Falaschi, D’Angéley, Catapanno et autres Arefs, le vrais développements de l’albanistique institutionnelle lui demeurent probablement peu connus. Qu’y a-t-il de si mythique cette ascendance illyrienne des Albanais ? Est-ce le fait d’être élaboré par les historiens albanais ou l’autre fait que ces derniers étaient sous l’astreinte d’une idéologie dominante – le communisme ?
Si jamais, il faut réécrire l’histoire en la démythifiant, quelques retouches ici-là sur l’histoire contemporaine ne suffissent plus. Avant même d’entreprendre une autre écriture de toute l’histoire du pays et de ses habitants, il faut revoir la moralité qui est la notre : celle de croire en sa propre vérité sur pays et des gens et de tourner en dérision la vérité des autres ; celle de démolir un mythe – celui des Illyriens – en construisant un autre – celui de l’Albanie mythique.

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